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Claude, vétérinaire sans frontières
Oiseaux de proie
(Mini-quizz)
Aussi liens vers des extraits des romans
J’ai retrouvé Désiré.
Il marchait sur une plage sans fin, et ses pieds s’enfonçaient dans le sable blond.
Parfois, il revenait sur ses pas, comme s’il avait perdu quelque chose, puis, après une courte hésitation, il reprenait sa lente avancée vers le soleil couchant, sans jamais cesser de regarder la mer. Il semblait espérer un miracle: qu’un passage s’ouvre au milieu des vagues écumantes, qu’un bateau apparaisse, que quelqu’un lui tende la main, que soudain les distances s’évanouissent et qu’il n’y ait plus, entre lui et son pays, cet océan infranchissable.
Je l’ai vu marcher encore et encore, sans que jamais le miracle se produise.
Je l’ai vu plisser le front, se concentrer, essayer d’imaginer la vie qui se déroulait chez lui, bien au- delà de ce monstre turquoise d’une beauté renversante.
Des larmes ont coulé sur ses joues. Il les a essuyées du revers de la main, croyant avoir reçu un peu d’eau. La mer, en effet, venait sans relâche lécher le sable en jetant des trombes d’écume sur la plage. Mais il a dû cesser de se leurrer lorsque les larmes sont devenues sanglots.
J’ai vu Désiré pleurer sur cette plage d’Australie.
Il pleurait sa mémoire envolée.
Il ne se souvenait plus d’où il venait, qui il était. Il avait oublié la couleur des yeux de sa mère, la chaleur du feu dans la forge, l’odeur du marécage derrière la maison, les grincements de la berceuse placée depuis sa naissance près de la fenêtre.
Il ne lui restait plus que des mots insensibles,sans images. Avec le temps, le contour des choses s’était effiloché et, malgré ses efforts, il ne pouvait plus rien discerner de ce qui avait été son histoire, autrefois. Pendant huit ans, il avait vécu une autre vie qui avait effacé la première, le privant ainsi d’une partie de lui-même.
Alors il a cessé sa course impossible sur cette plage interminable.
Epuisé, il s’est assis et, comme un enfant, il a enfoncé ses pieds dans le sable, creusant ainsi deux larges sillons.
Soudain, une image lui est venue, un dessin d’enfant… Une route. Un espoir.
Les yeux rivés sur l’horizon brumeux, il a joint les mains pour prier ses nouveaux dieux. J’étais si près de lui… mais il était pourtant si loin…

  
Queensland, Australie, 26 mars 2008
Queensland, Australie, 10 mars 2008
Il y a une dizaine d’années, j’ai séjourné pendant un mois en Australie. Je partais alors sur les traces des cinquante-huit patriotes exilés en 1840. Après avoir marché le vieux Sydney en long et en large, j’avais cherché dans les musées et sillonné le bush pour comprendre comment ils avaient pu survivre à cette terrible déportation. Au terme de ces recherches, j’étais rentrée au Québec avec des images de mer, d’eucalyptus, de figuiers étrangleurs, de goannas, de kookaburras, de kangourous, et j’avais écrit La Route de Parramatta, un roman qui raconte le destin de Désiré, Étienne et Hippolyte.
Je ne savais pas que ce même destin, parfois si étrange, me ramènerait en Australie, mais cette fois pour une raison complètement différente.
Ma fille est vétérinaire de zoo. Après avoir travaillé pendant six ans au Lincoln Park Zoo de Chicago, elle a eu envie d’un nouveau défi. Lors d’un récent voyage en Australie, elle a entendu dire qu’on demandait un vétérinaire à l’Australia Zoo, dans le Queensland. Elle est vite allée rencontrer la directrice et lui a fait part de son désir de venir travailler en terres australes. Deux mois plus tard, elle obtenait le poste.
J’aurais dû me douter que cela arriverait un jour, car, en 2000, j’avais publié un roman jeunesse intitulé Les Chats du parc Yengo. Ce livre racontait l’histoire d’une jeune vétérinaire prénommée Claude (comme ma fille) qui avait envie de découvrir le monde et qui était venue travailler en Australie.
Coïncidence ou prémonition?
Quoi qu’il en soit, voilà que Claude travaille maintenant au zoo fondé par Steve Irwin, le Crocodile Hunter, ce personnage haut en couleur dont tout le monde a pu voir les exploits à la télévision et qui est décédé il y a peu de temps, piqué par une raie. Cet homme est mort trop jeune, mais il a accompli de grandes choses. Le zoo qu’il a laissé, de même que l’immense hôpital pour la faune qui est présentement en construction et qui sera terminé dans un mois témoignent de son engagement profond envers les animaux.
Ma fille s’est donc jointe avec enthousiasme à l’équipe de Wildlife Warriors déjà en place, mais partir à l’autre bout de la terre ne se fait pas en criant ciseaux! Obtenir un visa et une licence de vétérinaire, vendre meubles et auto, confier son chat à une amie, traverser la planète et débarquer en terre inconnue, voilà qui demande une certaine dose de courage. Et ce n’est pas tout! Il faut ensuite trouver un appartement, acheter une auto et apprendre à conduire à gauche, se munir d’Internet, d’un cellulaire, d’un permis de conduire australien, etc… J’ai pensé qu’il serait plus facile de découvrir cette nouvelle vie à deux, et c’est la raison pour laquelle je me retrouve en Australie pour quelques semaines.
Pendant que Claude travaille, je marche pendant des heures le long de la mer omniprésente, avec ses surfers intrépides et ses kitesurfers d’une extraordinaire adresse. J’observe les oiseaux: les cassicans, les polochions, les échenilleurs, les martins-chasseurs, les loriquets, les cacatoès, les pélicans, les cormorants et tous les autres.
Et je cherche Désiré, ce personnage de La Route de Parramatta pour lequel j’avais tant d’affection et que j’ai dû laisser en Australie à la fin du roman. Si jamais je le retrouve, je vous promets de vous dire ce qu’il est devenu…
Louise Simard
   romancière
CARNET DE VOYAGE